POÈMES DE CHATS

 

Le chat  Paul Eluard, Les animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux

Pour ne poser qu'un doigt dessus

Le chat est bien trop grosse bête.

Sa queue rejoint sa tête,

Il tourne dans ce cercle

Et se répond à la caresse.

 

Mais la nuit l'homme voit ses yeux

Dont la pâleur est le seul don.

Ils sont trop gras pour qu'il les cache

Et trop lourds pour le vent perdu du rêve.

 

Quand le chat danse

C'est pour isoler sa prison

Et quand il pense

C'est jusqu'aux murs de ses yeux.

 

 

Chanson du chat Tristan Klingsor, Florilège poétique

Chat, chat, chat,

Chat noir, chat blanc, chat gris

Charmant chat couché

Chat, chat, chat,

N'entends-tu pas les souris

Danser à trois des entrechats

Sur le plancher?

 

Le bourgeois ronfle dans son lit,

De son bonnet de coton coiffé,

Et la lune regarde à la vitre.

Dansez souris, dansez jolies,

Dansez vite

En remuant vos fines queues de fées.

 

Dansez sans musique tout à votre aise,

A pas menus et drus,

Au clair de lune qui vient de se lever,

Courez; les sergents de la ville dans la rue

Font les cent pas sur le pavé;

Et tous les chats du vieux Paris

Dorment sur leurs chaises

Chats blancs, chats noirs ou chats gris.

 

 

Le chat et le vieux rat, Jean de La Fontaine

 

J'ai lu chez un conteur de fables,

Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,

L'Attila le fléau des rats,

Rendait ses derniers misérables;

J'ai lu dis-je en certain auteur,

Que ce chat exterminateur,

Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde.

Il voulait de souris dépeupler tout le monde.

Les planches que l'on suspend sur un léger appui,

La mort aux rats, les souricières,

N'étaient que jeu au prix de lui.

Comme il voit que dans leurs tanières

Les souris étaient prisonnières,

Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher,

Le galant fait le mort et du haut d'un plancher

Se pend la tête en bas: La bête scélérate

A de certains cordons se tenait par la patte.

Le peuple des souris croit que c'est châtiment,

Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,

Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage;

Enfin qu'on a pendu le mauvais garnement.

Toutes dis-je unanimement,

Se promettent de rire à son enterrement,

Mettent le nez à l'air montrent un peu la tête,

Puis enfin se mettent en quête.

Mais voici bien une autre fête:

Le pendu ressuscite, et , sur ses pieds tombant,

Attrape les plus paresseuses.

Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant:

C'est tour de vieille guerre; et vos cavernes creuses

Ne vous sauveront pas, je vous en avertis:

Vous viendrez toutes au logis.

Il prophétisait vrai: Notre maître Mitis

Pour la seconde fois les trompe et les affine,

Blanchi sa robe et s'enfarine:

Et, de la sorte déguisé,

Se niche et se blotti dans une huche ouverte.

Ce fut à lui bien avisé:

La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.

Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour:

C'était un vieux routier il savait plus d'un tour;

Même, il avait perdu sa queue à la bataille.

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,

S'écria-t-il de loin au général des chats:

Je soupçonne dessous encor quelque machine.

Rien ne te sert d'être farine

Car quand tu serais sac, je ne t'approcherais pas.

 

C'était bien dit à lui; j'approuve sa prudence;

Il était expérimenté,

Et savait que la méfiance

Est mère de sûreté.

 

 

Le Chat noir Rainer Maria Rilke, Nouveau poèmes

Un fantôme est encor comme un lieu

où ton regard se heurte contre un son;

mais contre ce pelage noir

ton regard le plus fort est dissout:

 

ainsi un fou furieux, au paroxysme

de sa rage, trépigne dans le noir

et soudain dans le capitonnage sourd

de sa cellule, cesse et s'apaise.

 

Tous les regards qui jamais l'atteignirent,

il semble en lui les recéler

pour en frémir, menaçant, mortifié,

et avec eux dormir.

Mais soudain, dressé vif, éveillé,

il tourne son visage - dans le tien:

et tu retrouves à l'improviste

ton regard dans les boules d'ambre

de ses yeux: enclos

comme insecte fossilisé.

 

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